Notre tour du Sénégal est bien entamé, nous sommes dans l’Oriental et partons dans le parc du Niokolo-Koba où le réseau téléphonique est totalement absent. Nous nous régalons, on a la chance d’avoir pour guide un passionné d’ornithologie qui nous trouve quantité d’oiseaux plus beaux les uns que les autres. Jusqu’alors nous avons suivi de très loin l’évolution du Covid-19 mais sans inquiétude particulière, ne nous sentant pas vraiment concernés. Au sortir du parc, le 14 mars, les nouvelles nous tombent d’un coup sur la tête mais ce n’est pas encore la cata, on va réfléchir en finissant notre visite de l’Oriental avec les villages bassari et bédik ainsi que la cascade de Dindefelo.
Trop tard, les différentes frontières se sont fermées, on ne peut plus entrer en Mauritanie, pas plus qu’au Maroc ou en Espagne, grand moment de solitude. Que faire ? Rester au Sénégal, rentrer en France ? Il est maintenant impossible de revenir à la maison avec le véhicule.
Nous décidons de laisser passer un peu de temps en allant attendre sur la côte dans un endroit qui nous avait bien plu (Palmarin), ensuite nous rentrerons en France, notre idée étant de jouer sur le décalage de la pandémie entre l’Europe et l’Afrique, rentrer quand elle arrivera en Afrique en espérant que d’ici là ça se calme en Europe.
La distance étant un peu longue, nous faisons étape pour 2 nuits dans un lieu qui nous avait séduit à l’aller, à Foundiougne. Nous y sommes merveilleusement bien, Rose, la sénégalaise « gouvernante » du lieu, nous comble d’attentions et nous prolongeons notre séjour.
Le 18 mars nous commençons à prendre contact avec le consulat et les compagnies aériennes histoire de jauger la situation. Nous sommes aussi inscrits sur Ariane, ça sera en fait notre principale source d’informations, le consulat ne nous apportant que des réponses standards (mais je comprends, nous sommes certainement très nombreux à être bloqués ici).
En parallèle à nos lectures des nouvelles sur la toile, nous contactons également des amis bien placés dans le milieu médical. Tout converge, notre plan n’est pas bon, soit on reste ici, soit on rentre en France dès qu’on peut, le plus tôt étant le mieux, les avions étant maintenant tous des vols spéciaux de « rapatriement ». Il nous faudra laisser notre camion sur place, il n’y a pas d’autre solution.
On commence à prospecter les vols de retour, Ariane nous annonce un vol, on saute sur le téléphone, au 191ème appel enfin ça décroche, attente musicale durant 59 minutes et ça coupe !!! La tension monte !
Le lendemain j’ai beaucoup plus de chance, j’ai l’attente musicale au 3ème appel seulement et après 45 minutes j’ai une personne au bout du fil, on commence à discuter et je comprends vite que je n’aurai pas de place sur le vol concerné, pas le temps de finir la conversation, mon crédit téléphonique est épuisé

Le 27 mars, changement de tactique : ne pas attendre qu’un vol soit annoncé, il est alors trop tard, il est immédiatement pris d’assaut et, sauf à être dans les 1ers à recevoir le message, plus de place disponible (sauf en classe business) et je laisse tomber le téléphone au profit d’Internet. Je vais sans cesse sur le site d’Air France et fais la demande pour un vol Dakar – Toulouse. Après un certain temps je me rends compte de mon erreur, s’agissant de vols spéciaux ils arrivent le soir à Roissy et l’avion pour Toulouse n’est que le lendemain, donc pas en correspondance et du coup je me suis loupé un avion. Pas trop grave, il y en aura d’autres. C’est effectivement le cas ; le 29 j’ai la chance (à force de persévérance, je vais sur le site toutes les 5 minutes depuis la veille, je prends juste le temps de manger et de dormir) d’avoir 2 places pour un Dakar – Roissy le 1er avril. Aussitôt ma fille nous réserve un Roissy – Toulouse pour le 2 avril.
Je réserve un taxi pour être à 10 h à l’aéroport de Dakar (120 km depuis ici) et la pirogue pour traverser le fleuve Saloum (nous ne sommes pas du bon côté du fleuve par rapport à l’aéroport et le bac est trop aléatoire) le matin du départ. Le départ en pirogue est prévu pour 7 h du matin, tout est en place pour être à l’heure pour l’embarquement à l’aéroport qui se termine à 10 h 30.
Lundi 30 je passe la matinée à la préfecture pour avoir les autorisations de circuler (et oui, ici on ne les fait pas soi-même mais l’autorisation n’est nécessaire que quand on change de région, ce qui sera notre cas).
Mardi 31, veille du départ, vers 11 h je reçois un SMS d’Air France me demandant d’être à l’aéroport à 8 h. Encore un moment de grande solitude, que faire ? Partir cet après-midi mais alors où dormir, il n’y a rien dans les environs de l’aéroport, les valises (achetées sur place pour l'occasion) ne sont pas faites ? Partir plus tôt le matin mais il fait nuit et il y a le couvre-feu jusqu’à 6 h. Air France à Dakar est injoignable (j'ai appris plus tard qu'ils venaient d'annoncer 4 nouveaux vols).J’appelle Modou (le taxi) pour lui faire part du problème (tout ceci en utilisant Rose, notre gentille hébergeuse, comme intermédiaire parce que Modou ne parle pas très bien français). Modou nous propose de venir la veille dans l'après midi à l'embarcadère, de dormir sur place et de partir le lendemain à 5h30, c'est à dire avant la levée du couvre-feu, on est OK pour ça. Omar le piroguier veut bien lui aussi démarrer à 5h.
Et nous voilà le 1er avril, on range et on ferme le camion (avec les vidanges de cassette, d’eaux grise et propre) dans la nuit, on prend nos valises et nous voici, toujours de nuit et pendant le couvre-feu, en train de patauger dans le Saloum pour rejoindre la pirogue (là où nous sommes il n’y a pas de ponton, il faut aller jusqu’à la pirogue avec de l’eau au-dessus du genou). Dans la pirogue nous nous débarrassons de nos bermudas plus ou moins humides, nous nous rinçons à l’eau douce, nous nous séchons et enfilons pantalon et chaussures. Nous arrivons de l’autre côté du fleuve et Modou nous prend à bord de son taxi, il est 5h30, le couvre-feu n’est pas encore levé mais il nous dit qu’il ne devrait pas y avoir de contrôle avant Fatick (une trentaine de km, il sera donc pas loin de 6h).
En route Modou a payé 4000 FCFA parce qu'on n'avait pas les laissez-passer (alors qu'on les avait dans la poche mais ce couillon ne nous a rien demandé !), une autre fois 1000 FCFA pour simple pot de vin ! Et ben malgré tout ça (les 5000 FCFA et la nuit passée à l’embarcadère pour être à l’heure le matin) il n'a pas changé son prix de départ convenu lors du 1er contact. On l'a beaucoup remercié et on l’a gratifié d’un bon pourboire. Il y a quand même des gens super serviables !
On arrive à l’aéroport à 8h, aussitôt on enfile gants et masque (nous ne sommes pas certains de l’origine de ces masques mais ils pourraient bien provenir d’un chantier de travailleurs …. chinois), avant d’entrer dans l’aéroport nous passons à la prise de température, c’est bon pour nous, il y a foule dans l’immense salle de l’aéroport ! On prend la queue et on attend, du coup on a le temps d’observer. La majorité du personnel est français (tee-shirts avec France inscrit en gros), il y a même des gendarmes de la gendarmerie nationale française. Tout le personnel a un masque sur le visage. La matinée se passe normalement, avec les classiques formalités d’embarquement, vers 11 h nous sommes dans l’avion, le décollage est prévu pour midi. Tout le personnel à bord de l’avion est volontaire, merci à eux. Bien sûr l’avion est plein, repas à bord : du poulet yassa, voilà qui nous est maintenant familier
Notre fille nous a réservé un hôtel pas loin alors que nous avions envisagé de dormir dans le hall de l’aéroport. Tous les taxis refusent de nous prendre, ils se réservent pour des courses plus longues, les 1ers placés sont là depuis ce matin 8 h !! Finalement un qui est en bout de file nous embarque, il pense que ça sera sa seule course de la journée et il préfère encaisser 20 € que rien !
Nous arrivons à l’hôtel sur les rotules, il nous tarde d’enlever les masques que l’on porte depuis ce matin et de nous coucher mais ce n’est pas si simple, ce fichu hôtel se veut très moderne : tout est écrit en anglais (et souvent pas traduit en français), dans la chambre tout se commande avec une tablette (qui est en panne), y compris les lumières bien qu’il y ait des interrupteurs mais ils ne servent qu’à éteindre, impossible d’allumer sans la tablette. Je mets le réveil et on tombe dans le lit.
2 avril : Fanfan me dit qu’il fait jour et le réveil n’a pas sonné, je regarde, effectivement l’heure du lever est passée de 35 minutes ; bien que les 2 horloges de mon téléphone soient à la bonne heure française, le réveil est resté sur l’heure sénégalaise (2 heures de décalage). Du coup Fanfan se lève à toute vitesse et la voilà prise de vertiges, heureusement elle avait eu le problème en Casamance (ce qui m’avait valu une balade en moto-taxi de nuit) et on avait le bon médicament sous la main. Le petit déjeuner très copieux va finir pour l’essentiel dans nos poches, pas le temps de déguster, on boucle les valises, on enfile les masques et les gants et on galope jusqu’à la gare pour prendre la navette entre les terminaux. On arrive au bon terminal et, comme d’autres voyageurs, on s’installe dans les sièges en attendant que les bureaux d’Air France ouvrent. Au bout d’un moment je pars me promener, trouvant étrange que rien ne se passe. Et oui, il y a une multitude de bureaux Air France mais ceux qui sont ouverts sont tout à fait à l’autre bout du terminal, rien n’est indiqué sur ceux qui sont fermés. Les formalités se passent normalement, et on part en salle d’embarquement. Il y a là des voyageurs venant du monde entier, la plupart ayant plus ou moins galéré pour arriver à revenir dans notre pays. Nous notons qu’ici la plupart du personnel n’a pas de masque et il n’y a pas eu de contrôle de notre température. Nous embarquons dans l’avion et nous devons attendre, il y a pénurie de camions avitailleurs et nous avons besoin de carburant, il faut donc patienter. Pas de boisson ni autre à bord en raison de la pandémie.
Arrivés à Toulouse nous nous précipitons vers les bureaux de location de véhicule, il nous reste 160 km pour être à la maison. Aïe, tous les bureaux sont fermés, il faut aller à un parking pour ceux qui ont réservé un véhicule, ce que nous n’avons pas fait, sur Internet j’avais vu qu’il y avait de nombreux véhicules disponibles. Au parking finalement nous pouvons prendre un véhicule, on nous demande le double du prix trouvé sur Internet et avec une remise du véhicule plus loin que ce qui était envisagé. Après palabres (mais ça on sait faire, on revient de 3 mois en Afrique) on paye le prix normal et on pourra laisser le véhicule là où nous avions prévu.
Notre fils et sa famille sont sur notre route, nous ne résistons pas à un arrêt en gardant nos distances. Arrivés à la maison en fin d’après-midi, vidés, crevés mais heureux de retrouver notre case.
Coût de ce voyage de retour : 2200 €.
N’oublions pas notre véhicule qui est resté au Sénégal. Nous ne sommes assurés que pour 90 jours et, malgré les circonstances, notre assureur n’entend pas prolonger ce délai, il nous faut donc recourir à une assurance locale que nous trouverons assez facilement grâce à Internet. Il faut faire jouer la concurrence, pour les mêmes risques couverts par la même compagnie, selon les agents la prime varie du simple au quadruple !! Restera à régler le problème de la douane, nous devons normalement sortir le véhicule du Sénégal avant la mi-août et j’ai bien peur que ça ne soit pas possible mais chaque chose en son temps.