Lisières d'Europe 2026

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Gillesf
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Re: Lisières d'Europe 2026

Message par Gillesf »

Effectivement, cette variété des opinions des premiers concernés par la proximité de la Russie, mais aussi de leur vision des Ukrainiens et étrangers donne à refléchir.

Merci Euro6 pour ce "reportage" très détaillé et instructif sur ces regions trop souvent méconnues.
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euro6
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Re: Lisières d'Europe 2026

Message par euro6 »

Le lendemain, avant de partir pour le tripoint, une savoureuse baignade dans le lac débute la journée.
On circule sur les gravel-roads en bordure de la frontière russe, et le corridor réalisé par les autorités lettones est bien visible. Une voiture grise roule à faible allure devant nous et nous laisse la dépasser, puis elle accélère, nous rattrape, nous double et nous fait signe de nous arrêter. Il s’agit d’une patrouille de la police des frontières. Un policier s’approche pour le contrôle, suivi de près par un caméraman qui filme la scène sans même nous demander notre avis. Une policière vient prêter main forte à son collègue pour tenter d’assurer une traduction dans un anglais basique. Nous ne saurons pas s’il s’agissait d’un reportage d’une production vidéo externe, ou bien la réalisation d’un document didactique interne à la Police…
Le contrôle effectué, nous repartons pour aussitôt retourner vers la frontière car c’est l’objet (non avoué) de notre présence ici. Mais le tripoint Lettonie/Russie/Biélorussie n’est pas accessible, un panneau signale l’interdiction très clairement. Pourtant cet endroit est un lieu historique et touristique, avec un aménagement construit en reconnaissance de l’amitié entre les peuples. Cela ne semble plus possible depuis la mise en place du corridor de sécurité en Lettonie…

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Faute de mieux, nous devrons nous contenter de ce panneau d'information sur le tripoint devenu inaccessible...

Nous remontons vers le nord en suivant au plus près la limite avec la Russie, en empruntant les routes non revêtues mais très roulantes qui sont très communes en Lettonie et dans les pays baltes en général.
La quantité impressionnante de poids lourds de transport de marchandises stockés sur un immense parking laisse penser que le poste-frontière de Zilupe reste ouvert à la circulation. C’est le chemin le plus rapide pour rejoindre Moscou par la route en ligne droite.
nous faisons une pause déjeuner dans le village de Ludza, avant de nous rendre au Mémorial de Ancupani situé à la sortie de la petite ville de Rezekne. Ce site est dédié à la mémoire des milliers de victimes civiles exécutées sur la colline de Ancupani par l’occupant nazi entre 1941 et 1944.

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Nous passerons la nuit dans l’enceinte d’un restaurant haut de gamme fermé mais qui nous donne accès à son immense pelouse vierge de touristes hormis un vénérable cam’s hollandais.

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Sur le chemin du tripoint suivant, l'abri-bus du village de Pededze est bien repimpé...

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Le tripoint suivant Estonie/Russie/Lettonie n’est pas accessible non plus, on s’en doutait un peu…

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Aluksne, jolie ville verte.

Pause déjeuner en profitant d’un agréable petit resto avec terrasse sur le lac à Aluksne, puis nous passons la frontière vers l’Estonie après un (trop) court passage en Lettonie qui mériterait mieux.
Nous stoppons assez tôt près de Vöru pour une nuit dans un camping au bord de la rivière où nous serons les premiers et donc les seuls à nous installer en cet endroit accueillant, avant que n’arrive après nous un couple de voyageurs suisses.

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En amont de la petite rivière qui longe le terrain de camping, un grand moulin aujourd'hui tenu par des allemands.

Le terrain agréablement équipé est tenu par un couple de retraités dont la femme parle allemand et l’homme peut échanger en anglais. Nous engageons une longue discussion avec lui, et il n’hésite pas à se confier sur ses positions personnelles quant à la situation de guerre en Ukraine et ses implications locales.
Il précise d’abord qu’il a vécu la moitié de son existence sous occupation russe jusqu’à la dernière indépendance de son pays. Une partie de sa famille fut déportée dans les camps de travail en Sibérie, et il connait donc très bien de quoi est capable une administration russe sur la population.
On apprend également les différences subtiles qui existent entre les trois pays baltes que nous avons tendance, par méconnaissance, à assimiler et à confondre. Les trois entités ont été occupées par la Russie jusqu’à leur indépendance, mais la localisation géographique explique déjà une différence de sensibilité par rapport au grand pays voisin. Les lituaniens sont plutôt proche des biélorusses et des polonais, les lettons sont essentiellement en relation avec les biélorusses, alors que les estoniens ont une relation plus forte avec les scandinaves de Suède et Finlande, et surtout avec les russes. La proportion des populations russophones est également différente et différemment répartie sur le territoire de chacun de ces pays. Alors qu’en Lettonie, par exemple, on trouve environ 50% de russophones, l’Estonie n’en compte que environ 30% mais avec une densité de plus de 90% dans la zone nord-est, à proximité de la Russie ! D’après notre hôte, il va sans dire que ces citoyens estoniens seraient évidemment du côté des russes en cas d’agression ou d’invasion. Pour sa part, par son histoire familiale et sa connaissance de la grande Histoire, cette éventualité le révulse.
Pour autant, à son avis, la solution à la guerre d’agression menée par la Russie ne passerait pas par une intégration de l’Ukraine à l’Union Européenne qui aurait un coût et des conséquences insupportables. Selon lui, la guerre en Ukraine est indiscutablement la cause de la baisse constante depuis quatre années de la fréquentation de son camping. Les clients locaux d’abord, estoniens, russes et biélorusses, mais aussi les touristes plus lointains que la proximité de la Russie inquiète. Il résume, sur le ton de la plaisanterie, que les touristes préfèrent désormais visiter l’Espagne plutôt que les pays baltes…
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Ils n'auront pas notre haine.
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euro6
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Re: Lisières d'Europe 2026

Message par euro6 »

Journée citadine à Tartu, seconde ville du pays après la capitale Tallinn, en ce jour maussade et même pluvieux, pour un passage au lavomatic, et surtout pour visiter quelques musées intéressants. Nous sommes ici dans ce qu’on peut considérer comme la capitale intellectuelle d’Estonie, une ville universitaire, passerelle historique entre les cultures allemande et russe. Tartu fut capitale de la culture européenne en 2024, la Lituanie l’était en 2022 avec Kaunas, et la Lettonie le sera l’année prochaine à Liepäja.
Le Musée National d’Estonie est un bâtiment immense réalisé après un concours international d’architecture en 2017 remporté par un cabinet parisien qui a reçu le Grand Prix de l’architecture française dans le monde. Il présente l’histoire et la vie au quotidien des estoniens et des peuples finno-ougriens.
Ce soir, dîner au restaurant Chez Pierre qui tente de recréer l’atmosphère fantasmée d’un troquet parisien de la belle époque. Décor un peu too much, mais bonne cuisine.
Nous passerons la nuit au camping urbain de Tartu, une sorte de parking au bord de la rivière Emajögi, littéralement la “rivière mère”, qui traverse cette grande ville agréable à vivre.

Ce matin, séance de massage dans un Institut proche du camping, puis nous partons déambuler dans la ville avec pour but le Musée d’Art de Tartu. Une expo très sympa de peintures sur le thème original de la cuisine, et surtout une expo dédiée à l’artiste estonien Karl Pärsimägi qui nous permet de découvrir le mouvement de peinture Pallas, du nom de l’école d’art réputée de Tartu. Il s’installa à Paris avant la seconde guerre mondiale, fut arrêté et interné à Drancy puis déporté à Auchwitz où il mourut en 1942.

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Portrait de Karl Pärsimägi par Eduard Wiiralt

La personne en charge de l’accueil et de la boutique du Musée d’Art contemporain parle français, même si elle ne le pratique pas vu la rareté des touristes français qui visitent cette ville pourtant très sympathique. Il a pu nous prodiguer beaucoup d’informations intéressantes sur les expositions en cours, et en particulier sur celle qui présente quelques œuvres du peintre réputé Karl Pärsimägi. Il ne semble pas affecté par le faible nombre de touristes, et, concernant la situation de guerre, en vivant à quelques kilomètres du pays agresseur de l’Ukraine, il se contente d’une fataliste formule lapidaire : “C’est la vie, c’est comme ça…”.

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Le Musée d'Art a un petit air penché...

Après un déjeuner dans une crêperie, nous avons comme objectif le lac Peipsi. Nous échouons dans un camping sur la rive nord du lac près de Smolnitsa, peut-être l’un des derniers à la frontière russe.

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Le coffret électrique qui alimente le camping est aux normes... de l'époque soviétique...


L’endroit est dans jus d’époque pré-indépendance, avec une déco déconcertante mêlant des objets détournés et un fleurissement entretenu. Le terrain est juste derrière la plage, mais l’eau du lac n’est pas très engageante. On se contentera d’une balade sur la plage, seuls sur le long ruban de sable comme au camping… De fait, côté russe (à deux kilomètres en face) les questions environnementales ne sont pas réellement prises en compte. Le lac transfrontalier est en grande partie pollué par l’activité industrielle et notamment l’extraction de schistes bitumineux.
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